Création juin 2014

Pas le sang, les lilas

d'après « Haute Surveillance » de Jean Genet

Adaptation et mise en scène
Hazem El Awadly

Assistante mise en scène
Laura Lénac

Scénographie
Jean-Marie Eichert

Costumes
Hazem El Awadly

Photographie
Joel Cartaxo Anjos

Régie sons et lumières
Laura Lénac

Avec
La troupe du Théâtre Nout


Création 2014
Durée : 1h20

Trois détenus sont enfermés dans une même cellule: Yeux-Verts, Jules Lefranc et Maurice. Yeux-verts est le plus respecté de la cellule car il est le seul à avoir tué quelqu’un. Il attend son jugement même s’il sait qu’il sera très certainement condamné à mort. Cette peine l’enferme dans une solitude, une rage et un profond malheur qui lui confèrent une certaine dignité. Jules et Maurice sont quant-à-eux condamnés pour des crimes mineurs. Maurice voue une profonde admiration à Yeux-Verts et il est déterminé à devenir comme lui, un grand assassin. Jules, lui, feint de haïr Yeux-verts mais en réalité, il l’idolâtre et devient très rapidement jaloux de Maurice et de sa complicité avec le criminel. Une forte tension née entre les deux codétenus qui se battent pour obtenir le prestige et la protection de celui qu’ils considèrent comme le maître.

« Je ne suis plus vivant, moi ! Maintenant je suis tout seul. Tout seul ! Seul ! Solo ! Je peux mourir tranquille. »

Pourquoi « Haute surveillance » ?

Jean Genet est un auteur qui parvient à exalter des thèmes souvent controversés tel que le mal, l’érotisme et l’homosexualité, grâce à une écriture plutôt raffinée. Il est vrai que la langue de Genet, par sa magnificence et sa justesse, ajoute à ses mécanismes un charme qui le place très au-dessus de toute écriture.

C’est pourquoi, en 2006, nous avions mis en scène un de ces poèmes, « Le condamné à mort ».
L’idée aujourd’hui est de pouvoir rendre hommage à l’ancêtre de ce texte, à savoir « Haute Surveillance » et d’en faire notre adaptation sous le nom de « Pas le sang, les lilas ».

Avec ce chef-d’œuvre, Jean Genet parvient à livrer les émotions qu’il a vécues en tant qu’homme emprisonné. Contre toute attente, on découvre une forme d’amour personnelle concernant le monde qui englobe la délinquance et l’emprisonnement.

En effet, on peut déceler les thèmes qui ont préoccupés Jean Genet durant son séjour en prison: L’imaginaire, les relations de force et de pouvoir, la solitude, l’homosexualité, la masculinité, la sensualité, la découverte de l’autre mais aussi de sa propre identité.

« Tu me connais mal si tu crois que j’accepterais de me sacrifier pour ton squelette. »

A savoir

Cette œuvre a d’abord été écrite en 1942 sous le nom de « Pour la belle ».
Elle a part la suite été modifiée de nombreuses fois avant d’être finalement publiée en 1949.
Il s’agit de la première grande expérience d’écriture théâtrale de Jean Genet. L’auteur à écrit cet ouvrage pour lui-même car il était convaincu qu’il finirait sa vie dans un milieu carcéral.
En 1967, Jean Genet décide de rejeter sa pièce et lui inflige le sort de « pièce mineure ». Ce n’est qu’en 1985 qu’il se résout à la modifier une dernière fois et à accepter qu’elle soit mise en scène.

« Si je dis « mes crimes » , je sais ce que je veux dire. Mes crimes. Et qu’on n’y touche pas, je deviens dangereux. »

Mise en scène

Pour la scénographie de « Pas le sang, les lilas », mon parti pris est de situer l’action dans la salle d’eau de la prison (mêlant hammam et salle de sport) et non dans la cellule des prisonniers. Pour garder l’esprit d’un hammam, j’ai choisi que l’espace soit brouillé dans la vapeur et dans la moiteur pour évoquer la sensualité du corps masculin et les désirs profonds.

La genèse de l’émoi du meurtre, le sentiment de fraternité et de l’inclination homosexuelle sont les éléments majeurs qui m’ont poussé à vouloir révéler comment d’un crime peut naître le goût de la soumission et comment l’étrangeté d’une admiration peut servir de révélateur de l’homosexualité.

Lenteur et lourdeur ont été les mots clés pour diriger les comédiens. Il était important pour moi de mettre en évidence ce huit clos dans un temps bien défini.

Le metteur en scène, Hazem El Awadly

« Créer n’est pas un jeu quelque peu frivole.
Le créateur s’est engagé dans une aventure effrayante, qui est
d’assumer soi-même, jusqu’au bout, les périls risqués par ses créatures. »

Jean GENET

 

« Dans la cellule, c’est toi le désordre. »