Du 23 juin au 24 juillet 2016

Le livre blanc

d'après Jean Cocteau

Adaptation et mise en scène
Hazem El Awadly

Scénographie
Jean-Marie Eichert

Costumes
France Paulignan
Hazem El Awadly

Photographie
Samuel Croix
Jean-Luc Faure

Lumière
Remy Dorget

Musique
Hazem El Awadly
Hocine Hadjali

Avec
La troupe du Théâtre Nout
et
Snout

Spectacle non conseillé aux moins de 16 ans


Création 2002
Durée : 2 heures

Crée en 1927 et publié pour la première fois en 1928, en 31 exemplaires, il ne fut jamais signé par Jean Cocteau, qui accepta tout de même d’illustrer la deuxième édition par des Dessins érotiques.

Plusieurs fois rééditée et traduite en anglais, mais toujours en tirage limité, cette œuvre eut une longue carrière semi – clandestine.
Autobiographie sentimentale et érotique, écrite comme la confession d’un pêcheur non repenti qui raconte les souvenirs de sa jeunesse.
Histoire emblématique et typique d’une personne vivant son homosexualité entre les règles, les tabous d’une société qui condamne et le rêve d’une société « grecque » libérée. Clé importante pour la compréhension de l’œuvre de Cocteau , où on retrouve des éléments de sa biographie – le suicide de son père, le Lycée Condorcet, sa rencontre avec des marins, l’univers de drogue – et surtout où l’on retrouve les figures, thèmes et obsessions de sa mythologie personnelle – les bohémiens, le copain Dargelos, le couple frère-sœur, la figure du double , la solitude, le binôme Amour-Mort.
Voyeurisme, exhibitionnisme, amour mercenaire, bisexualité : Le Livre Blanc est l’expression poétique d’une sensibilité que l’on retrouvera de plus en plus dans la littérature et le cinéma, à partir de l’après-guerre..
Petit chef d’œuvre d’une étonnante modernité, trop longtemps resté dans l’ombre.

De l’autobiographie à la scène

…Une des pages du Livre Blanc décrit la rencontre du narrateur avec un marin qui porte le tatouage « Pas de Chance ».
Dans cette adaptation « Pas de Chance » devient narrateur : il raconte son histoire, des hommes l’écoutent. Ainsi, le théâtre se donne sous sa forme primitive, celle d’un conte.
Au cours de la narration, les personnages dont il parle prennent vie et voix : la bonne de son enfance, la mère, les copains d’écoles, un abbé confident, les femmes cherchées et trahies, les amants abandonnés et pleurés. Réunis ensemble sur la scène de la mémoire, ils revivent leur propre histoire à travers celle du marin.
Ces visions du passé, se transforment tour à tour en symboles de la morale, en figures du désir et en ombres de l’inconscient.

Intentions de mise en scène

Narcissisme, amour, sexualité, vie et mort : comment restituer sur scène la richesse du Livre Blanc ?
Afin de raconter cette histoire, nous avons choisi un décor, des costumes et une ambiance intemporelle.
La machine théâtrale est réduite au minimum ; le comédien habite par la parole et le mouvement l’espace vide qui l’entoure. L’attention du spectateur ne doit être attiré que par le texte, inscrit dans un jeu frontal qui se veut proche d’un style « baroque ».

Le plateau nu suggère d’avantage l’ambiance d’un hammam, lieu où les différentes classes sociales se mêlent, où de simples rencontres peuvent devenir intimes. Evoluant dans les bains, les personnages se livrent corps et âme, sans pudeur, entraînant avec eux le spectateur dans un univers de voyeurisme. Dans la moiteur du hammam faite de vapeur, de lumières tamisées et de sons orientaux, apparaît tout à coup, un château, une classe, un trottoir, une église : le public est transporté dans un monde où se confondent les frontières entre le réel et l’imaginaire, le passé et le présent.

De la scène à la vie ?

En 1927, à la fin de son livre, Cocteau écrivait :
 » C’est égal, je partirai et je laisserai ce livre. Si on le trouve, qu’on l’édite. Peut-être aidera-t’il a comprendre qu’en m’exilant, je n’exile pas un monstre, mais un homme auquel la société ne permet pas de vivre puisqu’elle considère comme une erreur un des mystérieux rouage du chef-d’œuvre divin. »
Récemment nous avons lu dans la presse que pour la deuxième fois en moins d’un an, 50 homosexuels ou présumés tels sont déférés devant la justice égyptienne. Déjà, en mai 2001, 23 avaient été condamnés à des peines d’un à cinq ans de prison et travaux forcés pour « débauche » et « mépris de la religion »
Les paroles de Cocteau nous sont alors apparues comme le reflet terrible de l’actualité.

« Je n’accepte pas qu’on me tolère. Cela blesse mon amour de l’amour et de la liberté. »

Critiques de la presse

Jean Cocteau serait certainement heureux de voir jouer son œuvre la plus intime dans l’esprit égyptien. On sait le poète hanté par sa mythologie : la roulotte, la Grèce antique, l’homosexualité et quand on arrive au théâtre Nout, on entre dans cette roulotte-là mais une roulotte égyptienne où les comédiens jouent même leur propre rôle tout en servant les spectateurs venus une heure auparavant pour gouter dans le restaurant du théâtre les spécialités de ce pays.

Le tableau se poursuit alors que la pièce commence. On s’introduit soudain dans un couloir humide et moite comme dans un hammam où de jeunes hommes de part et d’autres nous accueillent dévêtus. La salle s’offre à nous pavoisée d’azulejos et de faïence bleue et blanche.

La vie du poète ainsi, dans ce lieu embué, appelant à la sensualité, au repos et à la nudité va nous être brossée par de jeunes comédiens beaux et gracieux comme les aimait Jean Cocteau.

Trente et un exemplaires du livre blanc sortent en 1928 sans nom d’auteur. Cocteau ne signera jamais cette œuvre, acceptant toutefois ce qui est en quelque sorte une reconnaissance de paternité d’illustrer la deuxième édition par des dessins érotiques.

Un pêcheur repenti se confesse de ses sentiments dans un admirable érotisme, balayant les images de sa vie tiraillée entre son homosexualité et les interdits d’une société qui punit par la loi ce qu’elle nomme encore à cette époque un délit.

Cette œuvre autobiographique est aussi une rétrospective de tous les événements importants dans la vie de Jean Cocteau : le lycée Condorcet, la mort de son père, le copain fantasmé Dargelos, l’amour des marins, les paradis artificiels, les romanichels, la solitude, la religion, l’amour et la mort ou les deux conjuguées, la fusions des polarités de genre dans l’union frère sœur mêlant le masculin au féminin, le confondant volontairement dans l’ambigüité pour qu’ils soient un.

Œuvre d’avant-garde sur l’impudeur, Le Livre Blanc sera l’amorce à tout ce qu’on connaitra de plus libertaire après guerre tant dans le domaine du cinéma que dans toutes les formes d’art, impressions créatrices devenues exutoire comme expression de l’intime.

Faut-il que la nudité de forme soit l’outil nécessaire à accoucher le fond d’un être, sa nudité intérieure ? Hazem El Awaldy a choisi d’exposer ainsi le narrateur sous nos yeux, déshabillé, dénudant le fil de sa vie. A chacune des étapes cruciales, les personnages de son histoire se mettent en scène. Défileront ainsi dramatiques ou comiques, figures fantomatiques, icônes ressuscitées à la lumière du jour ou exhalant le buis, la mère, Maurice Sachs figurant un clergé dépravé, la bonne de ses premières années, les amours insatisfaites et leurs protagonistes nus et excités accomplissant leur copulations devant nous.

Clichés jaunis sortis de l’album d’une vie, les personnages de cette galerie d’images s’incarnent devant nous comme par magie traçant les uns à la suite des autres une farandole de désirs, de censures morales, d’inconscience obscurcie.

La scénographie d’Hazem El Awaldy transporte le Livre Blanc dans le pays de sa naissance : l’Egypte, le hammam et l’exhibition sont les éléments d’une mixité sociale égale devant le désir sexuel comme devant les dogmes du vivant dans une promiscuité qui fond le publique à l’œuvre dans l’impudeur, le voyeurisme à peine éclairé, entravé par un rideau naturel de vapeur que froisse de ses flots chromatiques une musique de fond orientale, cithare grattée de manière inquiétante ou chant choral vociférant un refrain tribal.

Ce tissage d’éléments impalpables laissera toutefois apparaître du factuel comme un château, une communauté religieuse, une cour d’école et ses garnements aux jeux cruels, un travesti exubérant à la physionomie horrifiée.

Du rêve à l’imaginaire, les limites sont infimes mais cette union souhaitée par le metteur en scène de ces antagonismes est un hommage supplémentaire à l’invisibilité poétique chantée par Cocteau dans l’ensemble de son œuvre.

« C’est égal, je partirai et je laisserai ce livre. Si on le trouve, qu’on l’édite. Peut-être aidera-t-il à comprendre qu’en m’exilant, je n’exile pas un monstre, mais un homme auquel la société ne permet pas de vivre puisqu’elle considère comme une erreur un des mystérieux rouages du chef-d’œuvre divin. »

Ces mots, point d’orgue à ce secret littéraire, témoignent du mal être et du mal vivre auquel étaient soumis à l’heure de la publication, ce que le code civil ose encore nommer aujourd’hui, des citoyens de seconde zone.

Si la dépénalisation de l’homosexualité est un des miracles de la politique française, il n’en est pas de même en toutes terres. Ce voyage théâtral de Cocteau en Egypte ouvre à la connaissance d’un pays qu’il aimait beaucoup, autant qu’à une actualité plus triste dont la pièce se veut le chantre dénonciateur.

Yves-Alexandre Julien, sur theatrotheque.com, le 10 juin 2010

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Critiques des spectateurs

Hazem El Awadly n’a pas seulement mis en scène Cocteau. Il a tiré de son roman juvénile et anonyme, profond, essentiel au sens étymologique du terme, une adaptation généreuse, incarnée, palpitante. […] La jeunesse dorée et révoltée de Condorcet t’apparaît dans un rap de cité, la parole du monde extérieur est chorale, comme les voix intérieures qui racontent les combats intimes. Le sexe est cru, s’exhibe impudique, parfois chargé de toute la beauté du monde. La révolte et la sensualité se fondent l’une dans l’autre, sans que l’on sache laquelle des deux vient frapper à ta poitrine ou t’arracher une larme. De ce regard clivé dans le tien, qui semble s’y accrocher, tu te surprends à aimer et déjà la douleur du destin te rattrape.

entre2eaux.hautetfort.com

Merci pour ce très beau spectacle qui m’a fait rêve et emmené loin du théâtre froid et « coincé » que j’ai l’habitude de voir. Ce jeune homme, où plutôt son idéal me fait penser qu’il faut toujours se battre pour atteindre l’inaccessible…

A.G.

Ce dimanche après-midi fut pour moi un baume au cœur car quelques jours auparavant j’ai appris ma séropositivité. Cette nouvelle m’avait cassé, anéanti et j’ai dû faire un effort terrible pour me déplacer et venir vous voir. Votre accueil des plus chaleureux m’a réconforté, m’a aidé à oublier quelques instants.
Merci mille fois du bien que vous m’avez apporté.

R.D.

Votre univers m’a séduit fortement et votre spectacle est un enchantement; de part le jeu des comédiens, la mise en scéne, les éclairages et l’accompagnement sonore. C’est du théâtre de très grande qualité et le sujet « l’homosexualité » traité avec beaucoup de délicatesse, d’esthétisme et le tout sans vulgarité.

A.C.

Vous m’avez donné vous toutes et vous tous de par votre interprétation, votre sincérité, votre Humilité et la tendresse énorme qui se dégage de vos yeux, des étoiles plein la tête des émotions peu ordinaires.Un bien être intérieur que je n’avais pas retrouvé depuis de très très longues années, dans ce monde si égoïste et violent.
Vous m’avez transporté dans un rêve qui s’il pouvait être quotidien me rendrait bien heureux !

P.H

« Mes malheurs sont venus d’une société qui condamne le rare comme un crime et qui nous oblige à réformer nos penchants. »

« Je finissais par envier ceux qui, ne souffrant pas vaguement de la beauté, savent ce qu’ils veulent, perfectionnent un vice, payent et le satisfont. »

« Le seul terrain d’entente était le lit où je m’étendais auprès de la fille et l’acte que nous accomplissions tous les deux sans y prendre le moindre plaisir ! »

« Parler aux masses oblige d’interdire ce qui alterne le vulgaire et le rare. »

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