De l’autobiographie à la scène
...Une des pages du Livre Blanc décrit la rencontre du narrateur avec un marin qui porte le tatouage « Pas de Chance ».
Dans cette adaptation « Pas de Chance » devient narrateur : il raconte son histoire, des hommes l’écoutent. Ainsi, le théâtre se donne sous sa forme primitive, celle d’un conte.
Au cours de la narration, les personnages dont il parle prennent vie et voix : la bonne de son enfance, la mère, les copains d’écoles, un abbé confident, les femmes cherchées et trahies, les amants abandonnés et pleurés. Réunis ensemble sur la scène de la mémoire, ils revivent leur propre histoire à travers celle du marin.
Ces visions du passé, se transforment tour à tour en symboles de la morale, en figures du désir et en ombres de l’inconscient.
Notes de mise en scène.
Narcissisme, amour, sexualité, vie et mort : comment restituer sur scène la richesse du Livre Blanc ?
Afin de raconter cette histoire, nous avons choisi un décor, des costumes et une ambiance intemporelle.
La machine théâtrale est réduite au minimum ; le comédien habite par la parole et le mouvement l’espace vide qui l’entoure. L’attention du spectateur ne doit être attiré que par le texte, inscrit dans un jeu frontal qui se veut proche d’un style « baroque ».
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Le plateau nu suggère d’avantage l’ambiance d’un hammam, lieu où les différentes classes sociales se mêlent, où de simples rencontres peuvent devenir intimes. Evoluant dans les bains, les personnages se livrent corps et âme, sans pudeur, entraînant avec eux le spectateur dans un univers de voyeurisme. Dans la moiteur du hammam faite de vapeur, de lumières tamisées et de sons orientaux, apparaît tout à coup, un château, une classe, un trottoir, une église : le public est transporté dans un monde où se confondent les frontières entre le réel et l’imaginaire, le passé et le présent.

De la scène à la vie ?
En 1927, à la fin de son livre, Cocteau écrivait :
" C'est égal, je partirai et je laisserai ce livre. Si on le trouve, qu'on l'édite. Peut-être aidera-t'il a comprendre qu'en m'exilant, je n'exile pas un monstre, mais un homme auquel la société ne permet pas de vivre puisqu'elle considère comme une erreur un des mystérieux rouage du chef-d'uvre divin."
Récemment nous avons lu dans la presse que pour la deuxième fois en moins d’un an, 50 homosexuels ou présumés tels sont déférés devant la justice égyptienne. Déjà, en mai 2001, 23 avaient été condamnés à des peines d’un à cinq ans de prison et travaux forcés pour « débauche » et « mépris de la religion »
Les paroles de Cocteau nous sont alors apparues comme le reflet terrible de l’actualité.
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