Le Livre Blanc
De Jean Cocteau

Adaptation et mise en scène :
Hazem El Awadly

Scénographie :
Jean-Marie Eichert

Costumes :
France Paulignan,
Hazem El Awadly

Photographie :
Samuel Croix
Jean-Luc Faure


Lumiére :

Remy DORGET

Musique :
Hazem El Awadly
Hocine Hadjali


Comédiens :
Liviana ANGELONI
Emilie BOURDELLOT
Laurence CHAYER
Philippe MOQUART
Thomas NUCCI
Hugo ROUSSELIN
Rémi PRIN

Et Snout
Le jeudi, vendredi, samedi à 20h30 et le dimanche à 16h30 - accueil 1 h avant
Durée du spectacle : 2 heures avec entracte (15 mn)
Non conseillé aux
moins de 16 ans


Les photos

Le Livre blanc de Jean Cocteau
Crée en 1927et publié pour la première fois en 1928,
en 31 exemplaires, il ne fut jamais signé par Jean Cocteau, qui accepta tout de même d’illustrer la deuxième édition par des Dessins érotiques.
Plusieurs fois rééditée et traduite en anglais, mais toujours en tirage limité, cette œuvre eut une longue carrière semi - clandestine.
Autobiographie sentimentale et érotique, écrite comme la confession d’un pêcheur non repenti qui raconte les souvenirs de sa jeunesse.
Histoire emblématique et typique d’une personne vivant son homosexualité entre les règles, les tabous d’une société qui condamne et le rêve d’une société « grecque » libérée.
Clé importante pour la compréhension de l’œuvre de Cocteau , où on retrouve des éléments de sa biographie - le suicide de son père, le Lycée Condorcet, sa rencontre avec des marins, l’univers de drogue - et surtout où l’on retrouve les figures, thèmes et obsessions de sa mythologie personnelle - les bohémiens, le copain Dargelos, le couple frère-sœur, la figure du double , la solitude, le binôme Amour-Mort.
Voyeurisme, exhibitionnisme, amour mercenaire, bisexualité : Le Livre Blanc est l'expression poétique d'une sensibilité que l'on retrouvera de plus en plus dans la littérature et le cinéma, à partir de l’après-guerre..
Petit chef d’œuvre d’une étonnante modernité, trop longtemps resté dans l’ombre.

La création
De l’autobiographie à la scène
...Une des pages du Livre Blanc décrit la rencontre du narrateur avec un marin qui porte le tatouage « Pas de Chance ».
Dans cette adaptation « Pas de Chance » devient narrateur : il raconte son histoire, des hommes l’écoutent. Ainsi, le théâtre se donne sous sa forme primitive, celle d’un conte.
Au cours de la narration, les personnages dont il parle prennent vie et voix : la bonne de son enfance, la mère, les copains d’écoles, un abbé confident, les femmes cherchées et trahies, les amants abandonnés et pleurés. Réunis ensemble sur la scène de la mémoire, ils revivent leur propre histoire à travers celle du marin.
Ces visions du passé, se transforment tour à tour en symboles de la morale, en figures du désir et en ombres de l’inconscient.

Notes de mise en scène.
Narcissisme, amour, sexualité, vie et mort : comment restituer sur scène la richesse du Livre Blanc ?
Afin de raconter cette histoire, nous avons choisi un décor, des costumes et une ambiance intemporelle.
La machine théâtrale est réduite au minimum ; le comédien habite par la parole et le mouvement l’espace vide qui l’entoure. L’attention du spectateur ne doit être attiré que par le texte, inscrit dans un jeu frontal qui se veut proche d’un style « baroque ».

Le plateau nu suggère d’avantage l’ambiance d’un hammam, lieu où les différentes classes sociales se mêlent, où de simples rencontres peuvent devenir intimes. Evoluant dans les bains, les personnages se livrent corps et âme, sans pudeur, entraînant avec eux le spectateur dans un univers de voyeurisme. Dans la moiteur du hammam faite de vapeur, de lumières tamisées et de sons orientaux, apparaît tout à coup, un château, une classe, un trottoir, une église : le public est transporté dans un monde où se confondent les frontières entre le réel et l’imaginaire, le passé et le présent.



De la scène à la vie ?
En 1927, à la fin de son livre, Cocteau écrivait :
" C'est égal, je partirai et je laisserai ce livre. Si on le trouve, qu'on l'édite. Peut-être aidera-t'il a comprendre qu'en m'exilant, je n'exile pas un monstre, mais un homme auquel la société ne permet pas de vivre puisqu'elle considère comme une erreur un des mystérieux rouage du chef-d'œuvre divin."
Récemment nous avons lu dans la presse que pour la deuxième fois en moins d’un an, 50 homosexuels ou présumés tels sont déférés devant la justice égyptienne. Déjà, en mai 2001, 23 avaient été condamnés à des peines d’un à cinq ans de prison et travaux forcés pour « débauche » et « mépris de la religion »
Les paroles de Cocteau nous sont alors apparues comme le reflet terrible de l’actualité.



Photographie Samuel Croix












Mes malheurs sont venus d’une société qui condamne le rare comme un crime
et qui nous oblige à réformer nos penchants.


Photographie Jean-Luc Faure




Photographie Samuel Croix

Le seul terrain d’entente était le lit où je m’étendais auprès de la fille
et l’acte que nous accomplissions tous les deux sans y prendre le moindre plaisir !


Je finissais par envier ceux qui, ne souffrant pas vaguement de la beauté,
savent ce qu’ils veulent, perfectionnent un vice, payent et le satisfont.


Parler aux masses oblige d’interdire ce qui alterne le vulgaire et le rare.


Je n'accepte pas qu'on me tolère.
Cela blesse mon amour de l'amour et de la liberté.

Jean Cocteau

Jean Cocteau, né en 1889, fut un grand protagoniste de la scène littéraire et artistique européenne, jusqu’à sa mort, en 1963. Auteur dramatique, écrivain, cinéaste, peintre, chorégraphe, il est l’auteur d’une oeuvre considérable et éclectique, dont il est difficile de retrouver une unité stylistique et technique.
Il expérimenta toujours de nouvelles formes et de nouveaux langages. Dans le climat effervescent du début du siècle, il fréquenta Stravinsky, Cendrars, Apollinaire, Modigliani, Max Jacob. Séduit par les Ballets russes de Diaghilev, il créa avec Picasso, Satie et Massine, le ballet Parade en 1917, véritable scandale.
Après les adaptations d’Antigone et de Roméo et Juliette, il écrivit Orphée montée par Pitoëff en 1926; il y proposa une vision originale d’un mythe classique tout comme il le fit dans La Machine infernale, mis en scène par Jouvet en 1934. La Comédie – Française ouvrit ses portes à La Voix humaine en 1930, qui rencontra les faveurs du public.
De nombreux écrits se succédèrent encore, dont Les Parents terribles, pièce jugée scandaleuse et interdite par le Conseil Municipal, mais qui fut reprise avec un grand succès en 1938. Parallèlement, il réalisa plusieurs ?uvres cinématographiques dès les années 30. Le Sang du poète, tourné en 1930, L’ Eternel retour en 1942, La Belle et la bête en 1945, L’Aigle à deux têtes en 1947 et Le Testament d’Orphée en 1960 ne sont qu’une expression de plus de ce génie éclectique et contradictoire.



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