![]() |
d'après l'oeuvre "Le destin d'un Cafard" de Tawfik Al Hakim Adaptation et mise en scène Musique Spectacle en trois parties Durée 1 heures 45 Création 2008/2009 |
![]()
| Pourquoi et comment « L’étrange odyssée d’un cafard »
De Cocteau à Al Hakim Après L’Histoire d’un muezzin qui n’avait pas annoncé l’aube, la troupe du théâtre Nout avait laissé Tawfik Al Hakim pour se lancer dans un long travail sur Jean Cocteau, avec notamment les adaptations du Livre Blanc et de L’école des Veuves. Hazem El Awadly revient aujourd’hui à ses premières amours en adaptant le Destin d’un cafard de Tawfik Al Hakim. L’alternance entre ces deux auteurs, déroutante au premier abord, n’est cependant pas anodine. Il s’agit en effet d’une rencontre, autour de la Méditerranée, entre deux monstres de la littérature. L’un français, fasciné par l’Egypte, à la recherche de Schéhérazade et de la lampe d’Aladin, et l’autre Egyptien, fasciné par Paris, ses théâtres et ses milieux littéraires. Ce qui lie Cocteau à Al Hakim, c’est leur pensée libre et dérangeante, cherchant toujours à repousser les conventions, symbolisant ainsi la tendance humaine à vouloir vivre, et cela pleinement. Les destins croisés du pionnier du théâtre arabe et du poète français, offrent mille et une coïncidences troublantes. La mise en parallèle de ces deux auteurs nous permet de mesurer l’importance de l’inter-culturalité entre Orient et Occident C’est un enrichissement formidable tant pour le jeu d’acteur que pour notre approche du théâtre. De plus, cela apportera une nouvelle dimension à l’exploration du répertoire de Jean Cocteau. Comédie ou tragédie ? Si le choix de l’auteur n’est pas laissé au hasard, celui de la pièce l’est encore moins. En effet, l’adaptation du Destin d’un cafard relève d’une volonté de réflexion sur la condition humaine et de l’engagement politique. Il est impensable, même le temps d’une représentation, d’isoler les problèmes politiques et sociaux au milieu desquels nous vivons. Or quel meilleur moyen que de confronter l’homme au choc de deux sociétés radicalement opposées : les cafards individualistes face aux fourmis communautaires. Le ton de la pièce est aussi soigneusement calculé : drôle oui, mais piqué de réflexions profondes, laissant le spectateur mitigé : faut-il vraiment en rire ? Est-ce si loin de nous ? « Je n’ai pas envie de déranger pour déranger, j’ai seulement envie de rêver et de vivre ce rêve. » Hazem El Awadly Cette velléité de la troupe du théâtre Nout rejoint « La nécessité intérieure » chère à Cocteau, recoupant la pensée d’Al Hakim : « L’artiste qui ne parle pas de lui- même présente forcément une œuvre incomplète, imparfaite ». Notes de mise en scène« Une grande partie du théâtre de Tawfik Al Hakim, dont cette nouvelle création, relève du symbolisme. Ce cafard dans sa laideur et sa difformité, est l’allégorie de l’homme, aux prises du désespoir qui l’assaille, mais aussi de l’espoir qui l’éclaire pour atteindre la liberté. » Hazem El Awadly Le destin d’un cafard ou le Sisyphe moderne Sisyphe Accentué par la mise en scène de Hazem El Awadly, le mythe de Sisyphe est un élément clé de cette nouvelle création. Condamné par Zeus pour avoir osé, à l’instar de son ancêtre Prométhée, s’opposer à la puissance divine, Sisyphe descend aux enfers. Il y est condamné à rouler jusqu’au sommet d’une montagne une énorme pierre, qui, sous l’effet de la gravité, retombe indéfiniment.A travers la récurrence de l’ascension du cafard dans une baignoire, Hazem El Awadly interroge les spectateurs sur l’inéluctabilité de leur chute, mais aussi et surtout sur cette force qui nous pousse à nous relever après chaque épreuve de la vie. C’est le personnage d’Adel, personnification du Cafard faisant le lien entre l’insecte et l’homme, qui plante le doute dans l’esprit de l’assistance, par ses répliques face public telles que « Je suis au fond en train d’essayer de sortir ». Tels des Sisyphes modernes, les spectateurs sont amenés, tout comme le Cafard et Adel, à réfléchir sur le moteur de leurs existences et les échecs de leurs vies, qu’ils soient d’ordres professionnels (suprématie hiérarchique des fourmis), médicaux (menace latente de l’insecticide) ou affectifs (échec conjugal d’Adel et Samia). Comme le dit le proverbe, ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Mais jusqu’à quel point pouvons-nous tenir ? L’individualisme et la collectivité Le deuxième axe de réflexion de cette création repose sur la confrontation de l’individualisme des cafards, et du collectivisme des fourmis. Alors fourmi ou cafard ? Si la réponse, au vu des victoires des fourmis peut sembler évidente, il faut remarquer que celles-ci manquent d’esprit critique et ne s’intéressent qu’à leurs besoins primaires, « tandis que [les cafards] s’intéressent en premier lieu à la culture ». Ce sont donc tous les archétypes de société qui sont ici remis en cause. Les relations homme-femme La dernière question soulevée par L’Etrange odyssée d’un cafard est celle des relations entre les deux sexes. En effet, des thèmes tels que la parité (« je suis son égale »), le travail des femmes (« Elle travaille dans la même compagnie que moi ») ou la thérapie de couple (« Avec un peu de patience, de douceur, nous pourrons arriver à de bons résultats») sont abordés. Tawfik Al Hakim nous interroge donc sur la possibilité, dans un monde de superficialité et de divorces, d’une relation maritale épanouie. L’étrange odyssée d’un cafard L’auteur : Tawfik Al Hakim Au cours des trois années qu’il passa à Paris pour étudier le Droit, Tawfik Al Hakim fréquenta assidument les Théâtres et les milieux littéraires. Cette expérience parisienne « occidentale » contribua à former sa nouvelle conception du Théâtre, qui choqua les esprits bourgeois qui l’entouraient. Mais malgré la publication sans nom d’auteur de ses œuvres, il fut tout de suite reconnu. Refusant de se laisser mener par le goût commun, Al Hakim continua jusqu’à sa mort à écrire sur des sujets qui dérangeaient les critiques et suscitaient le scandale. Synopsis : L’étrange odyssée d’un cafard est une adaptation de l’œuvre de Tawfik Al Hakim, Le destin d’un cafard. L’action se déroule en trois actes : « Le cafard Roi » : Une grande cour, à l’échelle des cafards, naturellement. La nuit. Mais pour les cafards, c’est le jour. Une Reine, un Ministre, Un Savant et un Prêtre. Et la cauchemardesque organisation de leur monde. « La lutte d’un cafard » : Dans leur chambre à coucher, Samia et Adel se réveillent… et découvrent un cafard au fond de la baignoire. « Le destin d’un cafard » : Une conversation absurde s’engage entre Adel, Samia, leur médecin, la cuisinière et même la voisine de passage, jusqu’à la fin tragique du cafard. Personnages : Excepté l’auteur, Adel, présent dans chaque acte sous une seule et même figure, chaque personnage se dévoile sous deux facettes : son côté cafard, où chaque trait de caractère se retrouve exalté, et son côté humain, où le cafard transparait. Chaque personnage représente ainsi une institution de notre société, que ce soit le pouvoir exécutif, le couple, la politique, la médecine, la science, la religion, la classe moyenne ou la bourgeoisie. L’Auteur - Adel : « nous devons commencer par nous connaître nous même, pour découvrir ce qui nous entoure dans ce vaste monde! ... »Personnage emblématique de la pièce, jouant le rôle d’un écrivain en doute dans son rapport à l’existence, emporté par le tourbillon de sa plume. Adel joue un rôle de liant, que ce soit entre les différents actes ou entre le spectateur et la scène. La Reine : « Je suis votre égale ... Je suis Reine. » Cafard charismatique, qui se fait manipuler par ses trois dignitaires ; mais, sa force de caractère lui donne l’impression d’avoir toujours le dernier mot. La Reine représente le pouvoir exécutif, avec ses abus et ses faiblesses. Son analogue humain est Samia : Epouse autoritaire et hystérique qui ne cesse d’énerver son mari, Adel, dans son quotidien. La Ministre : « Une catastrophe épouvantable, majesté ... une catastrophe nationale ! » Cafard manipulateur, sadique, et incompétent, qui profite de l’attirance qu’éprouve la Reine à son égard pour légitimer son statut privilégié. La Ministre représente la politique, corrompue et souvent incompétente. Son analogue humain est le Médecin, dont les rires incessants montrent, à l’instar du Ministre, une volonté de contrôle des émotions dans une société régie par le paraître. Le Savant : « Ce sont des questions auxquelles la science ne répond pas. » C’est un Cafard cartésien, vivant dans son monde, celui de la science ; et pour lequel, tout phénomène a une explication rationnelle… même s’il ne la connait pas toujours. L’analogue du Savant est Yousreya, la voisine du couple. Alors que le Savant tente de rationnaliser la nature via la science, Yousreya tente elle de rationnaliser les comportements humains par la psychanalyse. Soeur Marie-Cafard : « L’athéisme est répandu dans ce pays. » Cafard soumis et écrasé par la Ministre, qui profite de son influence auprès de la Reine pour obtenir des offrandes dont on ne sait si elles parviennent réellement aux Dieux. Son analogue humain est Om Attaya, la bonne à tout faire qui ne peut s’empêcher de semer partout son grain de sel. Très pieuse, elle met un point final à cette étrange odyssée cafardesque ! |